Le labyrinthe du continu - texte de démarche artistique ZZZ
Par Mathilde Olivares - Mai 2026
Mon travail / notre travail dans ZZZ se déploie en divagations successives. Chaque forme s’arrime à ce que dévoile la précédente et à ce vers quoi elle engage. Les projets naissent les uns des autres, dans la continuité des rencontres qu’ils génèrent et d’un même sillon réflexif. J’ai donné un titre à cette période de mon travail : Le Labyrinthe du continu.
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Il évoque une forme arborescente, un flux qui ne se referme ni ne se résout. Il renvoie aussi au terrain sur lequel nous travaillons souvent : des institutions médico-sociales et psychiatriques qui accueillent des personnes en situation de polyhandicap ou de souffrance psychique, où la contradiction de l’infini et de la fragmentation forme le réel.
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La compagnie ZZZ épouse cette démarche. Elle s’écrit en ramifications, produit peu mais continuellement, dans une labilité entre les catégories institutionnelles de création, de diffusion et de médiation. Son activité déborde volontiers les étapes convenues de production → création → diffusion. C’est pourquoi j’utilise parfois des sous-titres tels que forme immersive, recherche, création située ou forme évolutive, afin de situer le travail le plus honnêtement possible.
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Je m’appuie sur la danse, mais elle s’articule toujours à d’autres médiums, notamment le cinéma et l’écriture. L’organisation du travail des artistes plasticiens constitue pour moi une source d’inspiration : leur notion d’atelier, où l’on sent autant l’ouvrier que l’œuvre, et où l’espace d’élaboration déborde dans le réel.
En ce sens, ma démarche repose sur une attention documentaire au réel appliquée au champ chorégraphique.
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J’intègre au processus créatif une réflexion sur ce que les modes de production du spectacle vivant produisent sur les œuvres, les pratiques et les artistes. Sans doute parce que je ne me sens pas tant faiseuse de spectacles que d’expériences et de danses. Parce que la question de l’instrumentalisation de l’art et des artistes demeure présente. Parce que le conformisme m’est douloureux. Et parce que je me demande ce que ce monde en crise peut encore accueillir d’images, de récits et de représentations.
La danse, les lieux, les gens, les institutions et les enjeux politiques et sociaux constituent mon terrain.
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J’aime imaginer le cadre de la création. Je prends au sérieux la question des idées, de l’ambiance et de la présence comme surfaces d’élaboration et de partage poétique. Je me situe dans une esthétique du réel - aussi délicate, chaotique, poétique que délirante.
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Je pratique la danse comme une activité sociale autant qu’une discipline savante, tiraillée entre son histoire populaire et bourgeoise. Je m’intéresse au clivage professionnel-amateur et j’essaie de travailler dans le nœud de ces paradoxes, en cherchant à rester amatrice de ma profession.
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J’aime autant composer la danse que l’improviser. C’est dans cette articulation que je tente de l’écrire et de l’inscrire, dans l’espace de la représentation comme au cœur des espaces quotidiens.
Ce qui m’intéresse, ce sont les forces qui produisent les signes et les formes à l’origine de ce qui apparaît comme de la danse. Je cherche des expressions chorégraphiques abstraites et éloquentes, afin que « ça » parle sans que l’on sache vraiment de quoi, comment ni pourquoi.
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Je m’attache à la délicatesse des détails, au silence et à la musicalité du geste. La lenteur est un rythme qui permet de voir apparaître cette précision et d’assister à l’émergence de l’extraordinaire.
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Je cherche à ouvrir et à désobstruer les relations entre le geste, le désir, l’imaginaire, le flux et le milieu.
Car je vois la danse comme un acte subjectif, charnel, sensuel, insensé, rigolo et signifiant : un langage non syntaxique et sibyllin, un territoire à explorer sans le conquérir, une expérience humaine dont je ne me lasse pas d’arpenter les possibles, les lisières et les enjeux.
